Dossier du mois
Chaque mois, la République des CE aborde un thème qui occupe le devant de la scène sociale. Retraite, emploi des jeunes et des seniors, handicap et discriminations, stress et santé au travail. Le dossier du mois est l'occasion de faire un état des lieux d'un chantier social et de mesurer l'impact des réformes envisagées ou des mesures prises pour remédier aux dysfonctionnements. C'est aussi l'occasion de mieux comprendre le rôle, parfois déterminant, que peuvent jouer les CE dans la conduite de ces réformes ou la lutte contre les dysfonctionnements.
A quand la retraite ?
Qui peut répondre à cette question alors qu'un grand débat sur la retraite s'ouvre en 2010... Dans la marmite, pas de potion magique pour sauver les retraites mais tous un tas d'ingrédients que l'on peut accommoder pour faire recette dans un régime financièrement déséquilibré ... en espérant que la sauce ne soit pas trop amère.
Au menu ou à la carte…
...L'âge de la retraite:
Il est aujourd'hui fixé à 60 ans pour avoir le droit de prendre sa retraite, éventuellement moins dans certains cas puisque depuis 2003 il existe une possibilité de partir à 56, 57, 58 ou 59 ans pour les salariés à carrière longue ayant commencé à travailler très jeune.
Comme en a fait les frais Martine Aubry, l'âge auquel un salarié a le droit de partir volontairement en retraite doit cependant se distinguer de l'âge moyen auquel les salariés partent effectivement en retraite (qui est passé de 61 ans en 2008 à 61.5 ans en 2009) mais qui cache en outre bien des disparités car nombre de salariés parmi lesquels beaucoup de femmes partent à 65 ans seulement faute d'avoir à 60 ans le nombre de trimestres leur permettant de bénéficier d'une retraite à taux plein (à 65 ans quelque soit le nombre de trimestres un assuré peut aujourd'hui bénéficier du taux plein pour sa retraite de base).
Reculer l'âge minimum pour faire liquider sa pension est cependant un premier levier que ne digéreront peut être pas les principales centrales syndicales comme les salariés approchant des 60 ans qui verraient la rive de leur retraite s'éloigner. Le gouvernement n'exclue pas cette voie en insistant sur l'augmentation de l'espérance de vie des français.
...La durée de cotisations
La dernière réforme l'a déjà prolongée de 160 trimestres à 164 trimestres progressivement jusqu'en 2012 pour les assurés nés entre 1949 et 1952 et cela pourrait encore continuer. La sauce pourrait être tellement salée que la soupe deviendrait immangeable pour tous les assurés ayant commencé à travailler tardivement ou ayant eu des « trous » dans leur carrière professionnelle.
....Le niveau des pensions, des cotisations
Cette recette n'est pas au goût du président qui dans son allocution publique a clairement dit ne pas vouloir jouer sur ces ingrédients. Il faut dire que le niveau des pensions fait déjà grise mine, l'augmentation des cotisations coûteraient encore plus aux entreprises et aux actifs.
Et si on changeait le cuisto ?
Mais parmi les pistes celle de transformer plus profondément notre système trouve un écho. Actuellement basé sur la répartition et la solidarité entre générations (les pensions versées aux retraités une année donnée sont financées par les cotisations des entreprises et des actifs de la même année) le régime actuel s'avère donc particulièrement difficile à piloter car les recettes sont intimement liées au niveau d'emploi et à la capacité de relais générationnel (il faut des enfants futurs actifs pour financer nos retraites) et que les dépenses dépendent de l'espérance de vie et de la démographie aussi.
On songe donc à changer carrément de recette et à passer à un système de retraite par points (déjà en place s'agissant des retraites complémentaires Agirc Arrco). L'assuré cotiserait pour lui-même dans un compte individuel et au moment de son départ en retraite les points acquis seront convertis en pension. Un tel système est certes plus contrôlable puisque la valorisation des points permet des ajustements pour équilibrer financièrement mais il ne règle pas le problème démographique. De plus le changement de régime ne peut se faire qu'en une bonne vingtaine d'années car les réformes ne touchent que ceux qui partent en retraite et pas ceux qui sont déjà partis.
Garçon l’addition !
Dans tous les cas la note risque d'être salée puisque les déficits s'accumulent et le trou se creuse de plus en plus vite : 10% des pensions versées aujourd'hui sont payées à crédit, un déficit de plus de 30 milliards d'euros est attendu pour 2011. Le scénario de 2003 tablait sur une baisse du chômage et donc comptait sur les ressources de l'assurance chômage pour les basculer vers l'assurance vieillesse et a été anéanti par la crise.
A suivre...



